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Elle est pas belle, l’époque ? (3)

Concurrence déloyale



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Le Train Jaune des Pyrénées-orientales, qui a désenclavé la Cerdagne au début du XXe siècle, régulièrement menacé de disparaître (1)...

« Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus », mettait en garde Apollinaire. Salutaire rappel, car le train a aussi cette dimension humaine liée à l’affectif, à l’imaginaire, à l’histoire individuelle et collective. On l’oublie aujourd’hui et le conflit entre gouvernement et cheminots, toujours récurrent, témoigne de cette carence de la part du premier : il méconnaît ou néglige l’attachement des seconds non seulement à leur statut mais aussi – et peut-être d’abord – à ce système ferroviaire qui a irrigué une culture et des vies autant qu’il a modelé un territoire et une économie.

Peu me chaut la défense de la Sncf, devenue au fil des décennies la fossoyeuse du train en sacrifiant le rail aux transports routiers (bus et camions) dont elle se fait la championne avec ses filiales ! Non, ce qu’il faut sauver, c’est le système ferroviaire lui-même, le plus écologique, le plus économique (avec le fluvial), le plus rapide (hormis l’avion) et le plus confortable des moyens de transport – qu’utilisent quotidiennement cinq millions d’usagers en France, même s’ils ne le plébiscitent pas toujours.

On nous parle de coûts. Un réseau serré de voies ferrées a un prix, certes. Et le service public. Mais le rail est le seul système de transport à devoir payer ses infrastructures, en termes d’investissement et d’entretien. Les routes sont prises en charge par l’état et les collectivités, les aéroports par les chambres de commerces ; une concurrence loyale devrait donc soit imposer aux transporteurs routiers (fret et voyageurs) de payer le réseau des petites et grandes routes, soit dispenser la Sncf (ou RFF, ce qui revient au même) d’assumer le coût des infrastructures (elle paye même des taxes foncières aux communes traversées). Dès lors, plus de dette, ou presque !

Voilà la vraie réforme à accomplir, la condition pour obtenir la vérité des prix. Un train de marchandise représente de quarante à soixante camions, un train de voyageurs, une quarantaine de bus : à qui fera-t-on croire que le train n’est pas le plus économique ? Un mécanicien et un chef de train d’un côté, soit deux salariés, contre une cinquantaine de chauffeurs de l’autre ! La consommation énergétique d’un train est par ailleurs bien moindre que celles, cumulées, de trente ou quarante camions. Ne parlons même pas des gains de temps et de pollution, ni de sécurité sur les routes… Ou de toutes les possibilités qu’offrent la multimodalité et les transports combinés….

Mais on préfère évoquer le coût salarial des cheminots et de leur statut. Cela ne relèverait-il pas, peu ou prou et à l’instar des « cars Macron », d’une sorte d’imposture ?

Michel Baglin. Seilh, avril 2018

(1) Lire l’article ici



Lire aussi :

Elle est pas belle, l’époque ? (3) Concurrence déloyale

Elle est pas belle, l’époque ? (2) : Hyperloop : qui pense aux vaches ?

Elle est pas belle, l’époque ? (1) : Lignes de fuite



dimanche 29 avril 2018, par Michel Baglin

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