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Elle est pas belle, l’époque ? (2)

Hyperloop : qui pense aux vaches ?



La sncf ne craint certes pas la concurrence du rail : non-contente d’avoir démantelé le fret ferroviaire en France et d’y être devenue le premier transporteur routier avec ses filiales (Geodis), après s’être tiré une balle dans le pied en finançant le déficit des « bus Macron », et sans jamais renoncer à une logique comptable peu compatible avec son rôle de service public (en menaçant notamment de fermeture les petits lignes qui irriguent pourtant le milieu rural), la voici qui investit dans le projet « futuriste » de l’Hyperloop.
Parce qu’on se doit, bien sûr, d’innover ! Même quand on se refuse les moyens d’entretenir ses capacités de production, les voies ferrées, tout ce patrimoine résultant de belles avancées technologiques comme d’une longue histoire d’investissements humains.

L’Hyperloop, qu’es aquò ? Disons que c’est l’avion au ras des pâquerettes. Il devrait glisser sur coussins d’air à quelque 1200 km/heure et priver définitivement le voyageur de tout paysage puisque les capsules dans leur tube à basse pression seront dépourvues de fenêtres ! On se sent tout de suite là de plein pied avec les valeurs du « modernisme » de pacotille qui plaît tant à la société du paraître !
Passons sur les coûts faramineux du projet. Mais est-il réaliste ? Un tel moyen de transport, quoi qu’on en dise, n’a rien à voir avec le train, sinon d’être guidé (mais à ce compte, un téléphérique l’est aussi !). Il ne s’intégrera dans aucun réseau existant et suppose donc la construction d’infrastructures nouvelles : des tuyaux dans le paysage, des percées et des gares dans les villes (ou plutôt à la périphérie, comme les aéroports)... Il n’aura de sens que pour les grandes distances et pour une clientèle restreinte étant donné la faible capacité envisagée des capsules (quand un des atouts du train est justement sa grande capacité et ses retombées favorables en termes économiques et de déplacements de masse). Est-ce vraiment ce dont rêvent les usagers pressés comme sardines en boîte dans les RER ou les utilisateurs des TER sans cesse sous la menace des fermetures de gares et de lignes parce qu’il faut financer les TGV ? On peut en douter...

Au fait, quel intérêt l’Hyperloop ? Le fameux gain de temps, bien sûr, coqueluche de tous ceux qui sont pressés d’arriver au terminus : mais mis entre parenthèse dans sa boîte, le voyageur risque surtout de vivre... un temps mort. Les promoteurs de l’Hyperloop l’ont compris et intégré à leur « modèle économique ». On vous passera donc des films durant le voyage et surtout... des publicités ! Coupés du monde, peut-être, mais pas de la logique marchande !
Ainsi, non contents d’être incarcérés et roulés, vous serez aussi gavés ! C’est trop beau le futurisme et le progrès !

Michel Baglin



Lire aussi :

Elle est pas belle, l’époque ? (3) Concurrence déloyale

Elle est pas belle, l’époque ? (2) : Hyperloop : qui pense aux vaches ?

Elle est pas belle, l’époque ? (1) : Lignes de fuite



jeudi 19 avril 2018, par Michel Baglin

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