De et par Pierrette Dupoyet

« L’Orhestre en sursis »

Au théâtre de la Contrescarpe

En ce dimanche 30 octobre, j’ai eu l’occasion d’assister au spectacle monté et joué par Pierrette Dupoyet : « L’Orchestre en sursis », dans le petit théâtre, si accueillant, de la Contrescarpe, 5, rue Blainville à Paris 5ème.




Pierrette a déjà beaucoup « tourné » cette pièce en un acte, (1h15), d’Avignon (son rendez-vous annuel) à Tours, à Villeparisis, en Lorraine et ailleurs et le « tournera » encore, en 2018. Comme son « Jaurès » ou son « Marie Curie », l’écriture et le jeu de son « Orchestre en sursis » sont révolutionnaires.

Il fallait oser. Elle l’a fait. Ils se sont tus (Elles se sont tues). Elle parle : Trente ans plus tard, cinquante ans plus tard, soixante-dix ans plus tard. Elles parlent, Pierrette les écoute : écrit, met en scène.
Nous y sommes, entre barbelés et dédale d’instruments de musique cassés. Nous entendons les cris, les paroles, les joies, les peurs, la promiscuité, la douleur, les poux qui courent partout. Nous voyons la fumée s’échapper des cheminées : halo, corolle de mort. Cela nous encercle.
Elle est là, seule, au milieu du fracas. Elle joue, elle dit. Le chant de Pierrette ourle puis agresse, puis hurle à nos oreilles. De même les vibrations de la musique quand l’orchestre déploie sa douceur, sa révolte (en dessous, cachée) à l’heure de l’appel. Alors que les déportées, demi-mortes, demi-vives sortent des baraquements, que les gardiennes (Aufseherinnen) les comptent, les comptent et les recomptent. Cela dure des heures. Que cela dure. Que les chiens s’excitent. Que les femmes tombent. Que les S.S. les rouent de coups de pied, dans la neige : demi-mortes, demi-vives.
Pierrette sait « bouger tout cela » dans un décor minimal : un appel au silence, à la parole. Un vœu : plus jamais ça.

« Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
un vêtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va à peu près

comment vous pardonner d’être vivants… »

Ces vers de Charlotte Delbo rejoignent l’ardeur, la délivrance, la honte, la rébellion : l’appel à la résistance de Pierrette Dupoyet aujourd’hui dans nos villes, dans nos murs, dans nos déserts d’ennui.
Un très beau et très utile spectacle à partager sans modération.

Jeanine Baude



jeudi 2 novembre 2017, par Michel Baglin

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Jeanine Baude

Jeanine Baude, écrivain, poète et critique. Née dans les Alpilles et vivant à Paris, Jeanine Baude est écrivain, poète et critique. Elle a publié une trentaine de livres, essais, récits, poésie mêlés, et accompli de nombreux voyages dont ses livres témoignent.
Distinguée par le Prix de poésie Antonin-Artaud en (1993 et le Grand prix de poésie Lùcian-Blaga pour l’ensemble de son œuvre en 2008, elle a collaboré à de nombreuses revues européennes et étrangères et fut membre du comité de rédaction de la revue Sud (1992-97), comme elle l’est aujourd’hui de la revue L’Arbre à Paroles (Belgique). Elle préside le jury du prix du poème en prose, et est responsable de l’association "Les Amis de Louis Guillaume". Elle est enfinSecrétaire générale du PEN club français depuis plusieurs années.

Lire la revue Phœnix n°13, dont elle est la poète invitée (voir ici)
L’article de Max Alhau sur Texture à propos d’ « Aveux simples »  : ici



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