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Chemins de lectures

Les critiques de Max Alhau 2018



Revue Ornata n° 5, mars 2018.



La revue Ornata, d’une facture élégante, présente avec le numéro 5 des auteurs qui ont déjà été publiés dans des numéros antérieurs et sont accompagnés d’artistes : peintres, photographes. L’ensemble est divers dans la tonalité, l’expression, que ce soit celle des poètes ou des artistes.
Marie-Anne Schönfeld, poète auteure de plusieurs recueils et ayant collaboré à différentes revues, ici accompagnée par la photographe Valérie Simonnet, offre trois poèmes denses et brefs aux accents tragiques, ainsi cet Appel : « Comme si / nous n’avions pas de peau / pour nous protéger / nous craignons / à chaque instant / disparaître. »
Géraldine Serbourdin, accompagnée par Audrey Chapon dont les œuvres sont d’une belle luminosité, évoque dans l’un de ses textes, un fait divers tragique : un jeune enfant abandonné par sa mère, sur une plage de Berk, mort noyé, et dont la voix résonne, porteuse de reproches : « Tu as toujours détourné les yeux, comme si me voir te faisait mal, comme si j’allais te rendre aveugle.. »
Les poèmes de Hans Limon, ornés d’images de Hélène Desplechin, d’un beau réalisme, sont d’un foisonnement verbal dans « Abus de souffle » ou d’un érotisme tempéré et d’un humour non dissimulé dans « Cycle » : « sans loi / ni moi / et tu souris / et tu souris / parmi les branches / d’un entêtant jeu-thème / toujours naissant. »
Alexandre Nicolas propose des poèmes d’un contenu émouvant avec « Les anonymes » et « Perles avinées », long poème d’amour : « je trinque avec le fantôme de ton amour / un baiser pourpre fade mon verre / je m’enivre de ton souvenir / tu n’as jamais été aussi belle ». Ces textes sont rehaussés par les sobres images de Olga Voscannelli qui en appelle à l’onirisme.
Les dessins de Choupie Moysan : des rochers et un bord de mer illustrent les poèmes de Benjamin Godot, descriptifs et réalistes, qui conclut par cette phrase : « Et comme tout un chacun, le temps est la seule patience à s’accorder. »
Irène Vekris qui propose des textes quelque peu hermétiques et un poème lapidaire, bénéficie de deux accompagnatrices : Sandrine et Follère avec un portrait de nu et Catherine Désirée avec une image évocatrice de la cité de Didymes.
Les portraits de Valérie Tournemire sont très réalistes et les deux poèmes de Denis Emorine sont d’une grande intensité, l’un d’eux se termine par ces mots : « Tu m’as laissé / une étoile aux yeux crevés / en héritage ».
Ce numéro de Ornata est intéressant et original par la diversité des textes, des images ainsi que par sa présentation. Les noms au sommaire de cette livraison méritent d’être mieux connus.
Les lecteurs et les artistes peuvent découvrir cette jolie nouvelle revue sur internet, ainsi que son appel à contributions : https://www.eurydemaornataeditions.com/revue-ornata-papier



Roland Reutenauer : « Le Portail dans les ronces »



« Le Portail dans les ronces » est un livre qui ne cesse d’émouvoir par tant de lucidité, de mélancolie exprimées, mais qui évince le tragique grâce à une écriture qui prend ses assises dans l’humain et dans la nature. Certes la présence de la vieillesse, de la mort est sans cesse évoquée : Roland Reutenauer ne masque rien de cette réalité. En des termes familiers il signale cette fin inexorable : « il s’agira de nouer / le bout de l’origine à cet autre / et devenir hamster éternel / immobile dans la roue ». Mais auparavant il faut subir l’épreuve du temps qui menace le corps, aussi pour s’en détourner est-ce vers l’enfance, la jeunesse perdues que le regard du poète se penche.
Des scènes se dessinent qui remontent à la mémoire et font place à l’émotion. Ainsi ce souvenir des parents disparus : « il imite ses grands-parents / baisse la tête et joint les mains / prononce en guise de prière / quelques mots de dialecte / en leur mémoire ». La sobriété de l’expression donne encore plus de vigueur à cette évocation.
Ces souvenirs, Roland Reutenauer ne cesse de les rappeler comme pour mieux s’opposer au présent menaçant, à l’avenir illusoire mais cela sans regret et avec la sincérité nécessaire. Malgré tout la réalité demeure lourde à supporter. La mort a fauché nombre de proches : « le vent les a roulés / vers le bois du faubourg / les a couchés sous une pierre grise », écrit Roland Reutenauer.
Le réalisme qui imprègne ces poèmes lui permet aussi, malgré la mort qui rôde, de la refuser : « à s’adresser aux pierres tombales / et entendre se gausser le vent / dans les ifs et troènes / il n’est pas encore prêt ». Nulle peur en face de cette disparition mais une volonté de savourer les paysages, la nature toujours présente que l’écriture ne cesse d’appréhender.
A un moment donné, il se produit une sorte de mouvement qui balaie la tristesse, la crainte : « Les grand mots qui l’accompagnent / Mort et Néant Oubli Eternité / perdent leur majuscule au profond de la forêt ». Certes de tels instants sont rares mais Roland Reutenauer les savoure et les célèbre sans se soucier de ce qui s’ensuivra : c’est ce qu’il avoue dans un langage imagé et persuasif : « A vrai dire / voir plus loin demain / l’aura-t-il jamais su / lui qui n’aime pas projeter son ombre / devant ses pas ». Ces poèmes ne s’écartent jamais de la ligne que Roland Reutenauer s’est fixée : la sincérité, le courage de regarder la vieillesse et la mort sans crainte, de savourer à la fois le passé, c’est-à-dire l’enfance, et le présent fait de joies simples dues à la nature.
Une leçon de vie, un regard clair porté sur notre monde, ainsi peut-on apprécier « Le portail dans les ronces », tel un journal de bord qui n’évince rien des sentiments éprouvés et laisse à l’émotion, la sincérité leur place première.

(Roland Reutenauer : « Le Portail dans les ronces . Rougerie éd. 12 € ).



Michel Lamart : « Petits noirs et café crime »



S’il est difficile de rendre compte d’un livre de nouvelles, d’éviter d’en donner le résumé, il est peut-être intéressant d’examiner la thématique adoptée par son auteur dans « Petits noirs et café crime » le livre de Michel Lamart. On peut ainsi se référer à la nouvelle Une leçon de ténèbres dans laquelle le narrateur s’interroge, non sans humour, sur la façon d’accéder à la notoriété par le crime et d’envisager toutes les stratégies possibles : du choix de la victime à celui de l’arme, tout cela s’achevant par une surprise de taille.
Les autres nouvelles peuvent être lues à la lumière de thèmes différents : ainsi, par celui du crime gratuit, presque instantané. On peut citer par sa sobriété, son dénouement rapide : Au fil de l’eau, nouvelle dans laquelle le narrateur, pratiquant le canotage avec un ami, le frappe brusquement du plat de sa rame et l’envoie au fond de l’eau sans lui avoir confié un secret. Dans le même ordre d’idée est construit J’erre vain que l’on peut comprendre GR 20. Le narrateur est rabroué par le responsable d’une randonnée, un rustre brutal. Brusquement après avoir subi de nombreuses avanies et autres humiliations il se venge sans éprouver le moindre remords.
D’autres nouvelles, comme Un coup d’épée dans l’eau, Une filature ou Le complexe d’Hoffmann relèvent d’une autre conception, celle de l’insolite en ce sens que le lecteur ignore où le conduit le narrateur et que la fin n’est jamais conforme à ce que l’on croyait en attendre.
Plus suggestives, plus élaborées, peut-être, correspondent les nouvelles que l’on pourrait qualifier de fantastiques et qui sont sans doute celles qui retiennent fortement l’attention du lecteur saisi par le cours de la narration et toujours sujet à un questionnement incessant : Fée d’hiver ( notons de nouveau le jeu de mots ), La main verte, Poupée rousse, Tueur au salon, Extraordinaires révélations sur la mort de Poe relèvent de ce genre qui laisse au mystère toute sa part et au fantastique ses droits traditionnels : qu’y a-t-il dans ces histoires qui suscitent l’imaginaire, mettent à mal la réalité sinon la construction même du récit, la dérive vers un univers qui n’est plus le nôtre ? Que devient le cadavre trouvé dans le box d’un parking et cet autre ou le même sur le lit du narrateur ( Fée d’hiver ) ? Pourquoi celui-ci a-t-il commis ce meurtre ? L’hallucination est le thème majeur dans Poupée rousse où le narrateur, récemment sorti de l’hôpital, découvre dans son lit le cadavre d’une femme qui disparaîtra bientôt. Est-ce un tour que lui a joué la réalité ? Ou une vision du héros bien mal en point mentalement ?
C’est ce même état dont fait l’objet la narratrice de Tueur au salon : elle est persuadée qu’un tueur s’est réfugié chez elle dans son salon, un tueur signalé par une information entendue à la télévision. Réfugiée dans sa cuisine, terrifiée, elle feuillette un livre consacré à Hopper. Quand un coup de téléphone retentit, elle se rend dans le salon, à la télé il est question du tueur appréhendé : on apprendra qui est cet homme, une surprise attend l’héroïne et le lecteur. De nouveau la logique est mise à mal, deux réalités se surimposent, le fantastique bouleverse l’ordre des événements.
Enfin, il est une autre voie que suivent les nouvelles de Michel Lamart, et que l’on pourrait nommer l’énigme, nouvelles dans lesquelles réside le mystère, celui de l’intrigue, celui de la fin. Ainsi Le flingue au style volontiers argotique, histoire au cours de laquelle le narrateur trouve une arme dont il s’empare, reçoit un appel téléphonique en pleine nuit : la voix lui demande de rendre l’arme. Quand il aperçoit un homme qui tire un revolver, il fait feu le tue et récupère son arme. Il se trahit ainsi sans savoir pourquoi il a été victime de ce règlement de compte. De même Le champ de neige qui commence par la vision horrible d’un cadavre aux yeux arrachés sur le corps duquel est écrit avec son sang un poème. Il est découvert par un chasseur, vieil homme à l’esprit dérangé, qui récite des prénoms féminins avant de mourir. On peut se demander quelle a été l’influence de cette tragédie sur le sort du vieil homme.
Insolite est aussi la dernière nouvelle : Café crime, bref récit haletant : une jeune femme hagarde, réclame sa protection au narrateur sans rien lui dire de plus. Elle lui offre son sac en gage puis s’éclipse aux toilettes. Le narrateur s’inquiète, part à sa recherche et découvre un cadavre derrière la porte tandis qu’une mauvaise surprise l’attend. Qui était cette femme ? Qui est l’agresseur ? Le mystère subsiste.
Ce qui fait le charme et l’intérêt de ces nouvelles, outre la diversité des sujets, c’est aussi la variété des personnages, de l’écriture : de l’humour au style recherché ou au contraire à la familiarité. « Petits noirs et café crime » permet au lecteur des plongées dans des mondes où l’imagination ne perd pas ses droits et où les énigmes ne sont pas toutes résolues.

(Michel Lamart : « Petits noirs et café crime ». Editions Ex Aequo, 12 € ).



Hélène Dorion : « Comme résonne la vie »



Les mots, la poésie, la vie, telles sont les empreintes que laisse ce livre dans l’esprit du lecteur. Tout au long de ces poèmes, Hélène Dorion ne cesse de confier ses espoirs placés dans les mots sans toutefois exclure de son parcours les blessures que laisse toute vie. L’écriture d’Hélène Dorion coule, profonde, allant jusqu’à explorer le plus intime de son être sans jamais rien occulter. C’est que toute écriture requiert la sincérité envers soi et les autres. La vie résonne donc dans ces pages qui se lisent à cœur ouvert.
Une vie qui n’est pas exempte de souffrances quand Hélène Dorion se tourne vers le passé : « j’ai pensé - la maison en ruine, le nom des rues / qui s’étiole, les roses dans le jardin / comme une cité abattue / l’arbre que l’orage a défait / les miettes d’un coquillage / comme un amour anéanti . » Malgré la pudeur des mots, la douleur est là, ancienne mais remémorée sans rien dissimuler. Pourtant la foi en la vie ne peut être mise en cause : il y a chez Hélène Dorion un courant d’optimisme que rien n’altère et qui va de pair avec la lucidité qu’elle entretient vis-à-vis du monde et d’elle-même. Dans ce parcours poétique et existentiel, rien n’est mise à l’écart.
Après la souffrance, la déception, une vague plus ample porte la poète à considérer la vie avec plus de sérénité. Dans un mouvement contraire au précédent, elle peut écrire : « C’est ici, au milieu du jardin / que le bonheur, un jour, le bonheur / s’est remis à couler comme sève / au milieu de mon corps ». Un mouvement qui traduit la joie retrouvée. Aussi pour demeurer au monde, pour en saisir tous les bienfaits, pour s’interroger sur soi, faut-il faire preuve d’une pénétrante lucidité : « C’est en haut, tout en haut qu’est ta vie / tu entres par le feu, tu sais / désormais le mensonge, désormais la trahison. » Rien n’échappe à celui ou celle qui garde les yeux ouverts. Il peut alors se mettre en route, plonger au plus secret de son passé : « La forêt recueille tes pas d’enfant / tes voyages au creux de l’amour / et du poème. »
Car c’est bien le poème qui conditionne toute marche vers l’amour, l’espoir et Hélène Dorion, d’une voix forte et tranquille, affirme les pouvoirs des mots pour accéder à la vie dont le poème est le reflet : « Avec les milliers de petites vies entassées / dans leur solitude, le poème résiste / à ce qui nous éloigne de nous-même ». Après le doute, la douleur et par l’entremise de l’écriture, un autre « moi » nous est offert : « est-ce toi / qui dessines ces étoiles / dans tes cahiers / et désires et touches / comme une lumière dans le poème ? » Aucune épreuve ne saurait plus ébranler la confiance éprouvée envers la vie. Les mots, sans cesse, « n’étanchent pas tes soifs / mais te portent encore / plus loin vers toi-même. » écrit Hélène Dorion pour leur témoigner sa confiance.
Avec « Comme résonne la vie », Hélène Dorion, par une écriture lumineuse, une pensée tournée vers la sincérité et l’espoir, comble les attentes d’un lecteur souvent en proie au doute, en désaccord avec soi et le monde.

(Hélène Dorion : « Comme résonne la vie ». Editions Bruno Doucey,13 € ).



Hubert Haddad : « Casting sauvage »



Avec « Casting sauvage » Hubert Haddad entraîne le lecteur à travers Paris dans une errance diurne et nocturne, celle de Dyma, une jeune femme, chargée de recruter des figurants pour un film adapté de « La Douleur », de Marguerite Duras. Dyma est une danseuse dont la carrière s’est achevée lors des attentats du 13 novembre 2015 au cours desquels elle a été blessée. Les cent figurants qu’elle doit recruter sur le terrain doivent avoir le profil de l’emploi : émaciés, maigres, à l’image des déportés revenus de l’enfer des camps. Aussi Hubert Haddad avec cette écriture qui lui est propre, métaphorique, aux résonances inattendues, construit-il une fiction qui oscille sans cesse entre rêve et réalité, une réalité elle aussi trouble, celle d’un Paris que traverse Dyma avec ses figures souvent misérables, ses personnages rejetés par la société ou qui sont involontairement en marge de celle-ci, un Paris cruel, celui des migrants, des marginaux, qui se dessine.
De temps à autre, Dyma croit apercevoir à plusieurs reprises une figure énigmatique, celle d’un jeune homme rencontré rue de l’Equerre, image d’un instant de bonheur fugitif, d’un merveilleux jamais retrouvé. Dans ce roman de la déambulation aux ressorts inattendus, la fiction rejoint souvent la réalité. Les figurants, ces marginaux qui ont répondu à l’appel de Dyma, ne rappellent-ils pas exactement les déportés revenus des camps ?
Le tragique de ce roman se situe aussi dans la peinture de personnages dont la vie a été bouleversée par des événements qui les ont brisés. Ainsi Egor qui avait voulu que Dyma soit la vedette de son ballet Galateïa , désemparé, a sombré dans l’alcoolisme. Ainsi Matheo, solitaire, naguère comédien célèbre dont la compagne s’est jetée dans la Seine, devenu sculpteur d’une unique statue, s’est retiré à bord d’une péniche. Il sauvera Dyma de la noyade. Là encore le monde de l’art n’échappe pas au regard d’Hubert Haddad, un monde qui reflète bien le nôtre avec ses drames, ses excès. C’est aussi que l’autre réalité, celle de la ville et de la misère qu’elle engendre, est aussi cruelle que le destin de certains de ses habitants et Dyma ne fait pas exception. Les attentats terroristes sont là pour nous rappeler les tragédies qu’ils ont engendrées, les vies qu’ils ont brisées. Ils font également écho dans le temps à ce que furent les déportations et la mise en scène du film avec ses figurants squelettiques sollicite notre mémoire mais nous permet de réfléchir aux conditions du présent dans sa violence quotidienne.
« Casting sauvage » entraîne le lecteur dans un univers à la fois onirique et ancré dans le réel, dans un présent cruel et un passé tragique. Hubert Haddad, magicien du verbe, promeneur infatigable, par le personnage de Dyma, laisse grande ouverte la porte de l’imaginaire si proche de la réalité. 

(Hubert Haddad : « Casting sauvage ». Zulma, 16,50 €)



Gérard Mottet : « Par les chemins de vie »



Avec ce titre, souligné Fragments d’incertitude, Gérard Mottet s’inscrit dans la lignée des humanistes dont le propos est d’aborder au plus secret de l’être. Sa démarche est fondée sous le signe de la dualité qui est le propre de l’humain, le partage entre ici et là, entre la vie et la mort, entre le même et l’autre, entre l’adret et l’ubac, termes qui sont souvent antagonistes : « Nous vivons en ce creuset ou s’allient les contraires » écrit Gérard Mottet. Mais cette réflexion s’étend au plus vif de notre destin : dans ce parcours existentiel se découvre peu à peu la force du poète, lui qui n’abandonne jamais ses rêves, ne cède jamais au découragement. Il faut dire que la nature est un puissant antidote et c’est elle qu’il exalte dès le début de son parcours : « Et la vie va mêlant lacs et forêts / tissant des liens secrets sous nos paupières / entrelacs de désirs et de rêves intimes ». Aussi faut-il s’abandonner aux forces de cette même nature qui donnent à l’homme des leçons qu’il ne saurait oublier : « Ouvre vaste ton seuil à la nature laisse-la venir / en toi tout entière s’y réfléchir / et rendre à ton âme l’élan perdu de ses désirs. » C’est cette attention à ce qui nous entoure qui nous permet de mieux nous connaître, de mieux nous ouvrir au monde, de satisfaire nos désirs les plus immédiats, les plus louables aussi, dès lors : « tu finiras bien par faire / danser toute la terre / danser la vie et danser la lumière / toi voltigeur de l’infini. »
Toutefois, en dépit de cet élan, l’homme sait que de tous côtés les obstacles surgissent et parmi ceux-ci le temps qui est le plus redoutable et que nul ne peut oublier : « Mais la vie n’attend pas / ni le jour ni la nuit / et le temps s’en va le temps s’en va / emportant avec lui ton bonheur d’aujourd’hui. » Aussi, en face de cette perspective, l’idéal, l’espérance sont-ils souvent mis à mal et le ton se fait alors plus grave, presque douloureux : « Dérivent nos radeaux perdus aux vents d’errance / rouges se sont noyés nos soleils d’espérance / des éclairs flamboyants nous ont brûlé les ailes / il pleut des oiseaux morts sur les mers éternelles ».
Le souvenir restera alors chez l’homme promis à la mort le témoignage de ce qu’il fut, de ce qu’il rêva et accomplit, en somme d’une vie pleine : « Nous oiseleurs du temps / gardiens des jours d’antan / ne laissons pas partir / les beaux oiseaux du souvenir. » Et que l’homme, malgré la vie pleine qu’il aura peut-être connue n’oublie pas qu’il est « une erreur du divin/ quelque chose d’absurde » et qu’il est toujours bon de rappeler.
Avec ce recueil, Gérard Mottet invite le lecteur à réfléchir une fois de plus sur la condition humaine, sur notre grandeur et notre misère, que définissait Pascal. Dans ce parcours poétique, saluons la force du verbe, l’élan et la lucidité du poète qui ne perd jamais de vue la route entreprise.

(Gérard Mottet : « Par les chemins de vie » Editions Unicité. 13 €. Préface de Guy Allix)
Max Alhau



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Les critiques de Max Alhau 2018

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Choix de poèmes



samedi 20 janvier 2018, par Max Alhau

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Sa biographie

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris.
A u cours de son service militaire, il rencontre Gérard Le Gouic).
Reprend des études de lettres à Paris puis à Toulouse, Licence, D.E.S. consacré à Alain Borne sous la direction de Michel Décaudin. C.A.P.E.S. de Lettres modernes.
Il enseigne dans la banlieue parisienne puis au C.N.E.D. de Rennes. En 1982, sous la direction de Michel Décaudin, thèse de doctorat : Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen.
Son temps se partage entre voyages, écriture, traductions de l’espagnol de quelques poètes et participation à plusieurs revues.


Sa bibliographie

Poésie :

Le Jour comme un ressac, Guy Chambelland, 1964,
Le Pays le plus haut, Guy Chambelland, 1966,
Le Temps circule, Subervie, 1968, Prix Voronca,
Itinéraire à trois pronoms, Guy Chambelland,
L’Espace initial, Guy Chambelland, 1975,
Trajectoire du vent, Brandes, 1979,
Passages, Rougerie, 1980,
Les Mêmes lieux, Rougerie, 1982,
L’Instant d’après, Brandes, 1986,
Ici peut-être, Rougerie, 1987,
L’Inaccompli, Sud, 1989,
D’un pays riverain, Rougerie, 1990,
Sous le sceau du silence, Rougerie, 1995, Prix Artaud,
Le Fleuve détourné, L’Arbre à paroles, 1995,
Le Bleu qui précède la nuit, L’Arbre à paroles, 1998,
Cette couleur qui impatiente les pierres, Voix d’encre, 1998,
Ocre, La Porte, 2001,
Interroger la terre, La Porte, 2002,
Á la nuit montante, Voix d’encre, 2002,
Nulle autre saison, L’Arbre à paroles, 2002,
Nommer la nuit, La Porte, 2003,
Horizons et autres lieux, Encres vives, 2004,
Proximité des lointains, L’Arbre à paroles, 2006, Prix Charles Vildrac de la S.G.D.L.
D’asile en exil, Voix d’encre, 2007, Prix Georges Perros.
Du bleu dans la mémoire, Voix d’encre, 2010.
Aperçus - Lieux - Traces, éditions Henry, 2012.
Le temps au crible, L’herbe qui tremble, 2014.

Nouvelles :

Le Chemin de fer de petite ceinture, Le Temps qu’il fait, 1986,
La Ville en crue, Amiot-Lenganey, 1991, Grand prix de la nouvelle de la S.G.D.L.
La Falconnière, Editinter, 2000,
Une ville soudain désertée, Editinter, 2004,
L’État de grâce, Le Petit Pavé, 2009.
Ailleurs et même plus loin, éditions du Revif, 2012

Prose :

Retour à Lisbonne, Tertium éditions, 2007.



Marie Botturi : « Bleus liquides »



La vie, l’amour, la mort, la nature, des thèmes éternels auxquels de nombreux poètes ont sacrifié. Marie Botturi leur consacre ce recueil mais par une écriture lumineuse loin des clichés qui sont souvent réservés aux lecteurs. Car il y a dans ces poèmes une flamme qui brûle en eux, celle de l’auteure qui malgré la douleur exprimée la transcende pour célébrer la nature, seul remède dont elle célèbre la puissance. C’est cet appel qui donne un sens à la vie et qui balaie la souffrance, inscrit la joie en toutes lettres : « Dans la fenêtre ouverte jaillit l’éclair de l’hirondelle / toute la joie du monde. »
Chaque jour est une renaissance, une invitation à accepter ce que la vie nous réserve et aussi à aimer « même ce que nous ne comprenons pas. » Pourtant il serait vain d’oublier que, malgré la beauté du monde, la force de la vie, la mort est toujours aux aguets mais envisagée comme un retour à l’unité, ce qu’exprime Marie Botturi dans ces vers : « Une mort où je ne veux plus rien / où je m’abandonne à mon effacement / où je suis le vide de l’extase. Une mort où je retourne à l’unité. » Dès lors, dans un unique élan, mort et vie se fondent dans une même unité, dans un même chant. La mort n’est pas à redouter puisqu’elle fait partie intégrante de la vie et du monde dont la beauté ne peut être effacée. Aussi c’est en des termes d’un lyrisme sans faille que Marie Botturi célèbre de nouveau la nature qui inclut à la fois le temps et la beauté : « L’éternité baigne dans les nénuphars / le grelot des jeunes aulnes / rit au vent du matin / le monde tressaille / sur le silence de la lumière. »
Pourtant le souvenir de l’amour laisse parfois place à l’émotion tout en rappelant la force des instants passés. Dans ces poèmes Marie Botturi ranime ce que furent ces instants de bonheur mêlés à la beauté de la nature : le passé et les souvenirs ravivent le présent, lui octroient sa force retrouvée qui est celle de la vie de nouveau magnifiée : « Tout est vie. / Le soleil des froidures / l’aube des jours de mai / les oiseaux de lumière / un silence de sable / et les parfums des bois. »
Les poèmes de « Bleus liquides » sont cette invitation à réfléchir sur les pouvoirs de la nature, sur les surprises de la vie, à aimer ce monde dont Marie Botturi célèbre la force et la beauté sans cesse.

(Marie Botturi : « Bleus liquides ». Les Amis de la Poésie – Bergerac ).



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