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Jacques Morin

Les lectures de Jacmo 2018

Jacques Morin est poète et a publié une vingtaine de recueils depuis « Le hibou assiège la nuit » (1974), il est aussi l’auteur de fictions, d’essais et d’anthologie. Mais il est encore cet infatigable militant de la poésie qui signe Jacmo les centaines d’articles de critique qu’il écrit, ce revuiste incontournable, fondateur de plusieurs revues dont « Décharge », une des plus anciennes et des plus vivantes d’aujourd’hui.
Or Jacques a proposé de nous donner régulièrement en primeur des notes de lecture qui sont reprises dans le numéro suivant de « Décharge ».



Jacques Josse : « Comptoir des ombres »



Le titre recouvre deux univers que Jacques Josse connaît bien dans son écriture. L’univers des bars, des bistrots, où les marins se rencontrent, se réchauffent et reconstruisent le monde, d’un côté et de l’autre celui des ombres, des fantômes, des disparus en mer et des morts qui peuplent ses fictions autant que les vivants ses histoires. À ce carrefour naissent nombre de pages plutôt brèves cette fois où la situation initiale sera détaillée et précise avant de basculer aussitôt dans un fantastique assez envoûtant dont il s’est fait une spécialité lorsque des forces d’épouvante viennent envahir la réalité.
C’est cette alliance contradictoire, cette superposition toxique qui confère la couleur propre aux récits de Jacques Josse. A ce croisement, il faut ajouter un lieu d’origine : le village breton de Liscorno d’où viennent toutes sortes de figures qui vont jalonner ses écrits. Et bien sûr l’atmosphère maritime qui de Lorient à tous les ports du monde rassemble une internationale des marins joviaux ou las entre course et escale. Ses personnages sont là cueillis dans les champs, dans les bars, au bord des quais, fichés dans la mémoire, prêts à être brossés ou drossés. « Des types aux visages creusés, ravagés, par l’âge, le ressac, les tortures du sel et les bévues de la bibine… » écrit-il dans une nouvelle… « Des naufragés, des perdants, des exclus, des cabossés de la vie… » confie-t-il en écho dans l’entretien final.
Les anonymes si près de héros deviennent parfois des héros proches des vivants ou des morts comme des poètes fréquentés, tels Alain Jégou, Yves Martin ou Alain Malherbe. Jacques Josse le dit aussi lui-même : son écriture penche plutôt du côté de la noirceur, de la grisaille. Pour tout cela, on le reconnaît chaque fois et chaque fois on se laisse prendre.

(Jacques Josse : « Comptoir des ombres » 17 €. Les Hauts-Fonds éd, 22, rue Kérivin – 29200 Brest. Superbes photographies de Michel Thamin.)



Didier Malherbe : « Escapade en Facilie »



Didier Malherbe est d’abord un grand saxophoniste (avec Gong et le groupe Hadouk). Il est en plus à ses heures perdues un sonnettiste, pour rester dans le domaine musical, comme Ingres et son violon, artiste complet. Il a écrit « L’anche des métamorphoses », où l’on voit bien le point d’ancrage entre ses deux activités et donne aujourd’hui « Escapade en Facilie », où tout repose sur ce mot décliné dans tous les sens possibles.
A noter d’abord sa maîtrise totale du sonnet qui est devenu sa mesure quel que soit le sujet. Il est expert dans tous les termes techniques de la versification et toutes les figures de style de la poésie. « Le premier des tercets, perron de la façade, / En marches d’escalier commence la cascade... » Il se permet parfois au-delà de la rigueur du sonnettiste quelque licence sur la longueur prolongeant parfois les quatorze vers sacro-saints d’une strophe supplémentaire… Enfin la thématique est auscultée, sondée et investie sous tous les angles…. « Le français médiéval disait facile ou fêle … » « Facile est-il une louange ou une injure ?... » « Difficile sujet que la facilité… »
Didier Malherbe multiple les exercices ludiques entre poèmes miroirs et tautogrammes … Tout est question de jeu. De jeux de mots, de jeux de sons et jeux de sens… Faciles ou virtuoses… « La Facilie a un jumeau : C’est le pays dit ˵de Cocagne˶ »,… » Didier Malherbe rappelle aussi son homonyme François et tous les poètes médiévaux et de la Renaissance. Il montre sa culture mine de rien, remonte à la mythologie, à la naissance de la poésie et exploite aisément les légendes du temps jadis. 120 sonnets qui ont pour points communs outre la facilité, la subtilité. Le sonnet représenté virtuellement par la toupie, comme en couverture, tel est son symbole, à la fois rond, fini, et n’achevant jamais sa révolution permanente sur un équilibre instable.

(Didier Malherbe : Escapade en Facilie Le Castor astral/ La Lucarne des écrivains. 14 €. 27, rue Jules Auffret – 93500 Pantin.)
Jacques Morin



samedi 6 janvier 2018, par Jacques Morin

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