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Jean Giono

« Les récits de la demi-brigade »

Six nouvelles autour du capitaine Martial Langlois, le héros désenchanté d’« Un roi sans divertissement », qui traque ici les brigands de grands chemins au temps des attentats légitimistes. La Provence l’hiver et les chevauchées dans des paysages sauvages.




Ce recueil de six nouvelles (Noël, Une histoire d’amour, Le Bal, La mission, La Belle Hôtesse, L’écossais ou la fin des héros) a paru après la mort de Giono, mais elles avaient été publiées en revues de son vivant et l’auteur avait envisagé de les réunir en un livre, qui aurait été, probablement augmenté d’autres textes, une sorte de lien entre « Un roi sans divertissement » et le « Hussard sur le toit ». De ce dernier, on retrouve en effet des personnages du cycle du Hussard, dont Pauline de Théus et, du premier, Martial Langlois, le capitaine de gendarmerie, qui est le personnage principal et le narrateur de ces récits.
Tous ont pour trame de fond les fameux attentats légitimistes contre la Monarchie de Juillet et la série d’attaques de diligences que des nobles multiplient en Provence dans les années 1830 pour se procurer les financements nécessaires à leur cause. Déjà évoquées dans le cycle du Hussard, notamment dans « Angelo », ces embuscades sont ici au cœur de chaque récit, puisque Martial est tout entier occupé à les combattre et à découvrir leurs auteurs. On le suit donc dans ses chevauchées et ses enquêtes dans le pays d’Aix, la Sainte Baume et les Cévennes, en plein hiver, sur les traces de conjurés et de leurs acolytes. Sa silhouette altière de cavalier élégant se découpant sur fond de neige et bravant les balles est comme le leitmotiv de ces nouvelles auxquelles des chutes pleines d’ironie donnent un côté allègre. Il est vrai que Giono, en faisant conter ses aventures par son héros, s’autorise un ton dégagé, familier et précieux à la fois, elliptique et conforme à ce que l’on a appelé sa seconde manière, et en tout cas très agréable à la lecture.
Reste que Langlois est une figure tragique. Il incarne à sa façon, comme Angelo à la sienne, la noblesse morale. Le courage, le désintéressement du soldat, l’élégance des sentiments, se marient chez lui à une certaine brutalité pour façonner sa force et son charisme. Austère, il n’a ni conviction, ni foi, ni idéologie, seulement une dignité dans son comportement et il ressemble en cela à la plupart des individus qu’il combat. Au point qu’il a souvent pour eux de la sympathie, voire de l’admiration, et qu’il lui arrive de fermer les yeux sur leurs agissements. Il partage en tous cas avec eux le même mépris de l’argent et des grenouillages des bourgeois au point, par exemple, de brûler les lettres de créances dont se sert l’usurier qu’il était chargé de protéger (Noël).
Martial témoigne en fait d’un désespoir profond, comme plusieurs des personnages qu’enfante Giono après la guerre et l’épisode de son emprisonnement à la Libération. A l’instar de son créateur, il est passablement désenchanté et persuadé que « tout homme digne de ce nom » porte un enfer en lui-même. Le spectacle du monde l’afflige, mais il sait apprécier la grandeur d’âme même chez ses adversaires. Il accompli ses missions en gardant la tête froide et le sens de l’honneur. Ce qui l’anime surtout tient à sa relation très forte et fusionnelle avec les chevaux et sa passion des paysages d’une Provence sauvage qu’il n’a de cesse de hanter de ses chevauchées solitaires.

Michel Baglin



dimanche 28 janvier 2018, par Michel Baglin

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