La collection fait référence à la géographie : normal que le dernier opus de Christian Saint-Paul y trouve sa place car si la citation qui sert de titre est évoquée à propos d’une église de Trégastel, c’est bien le Trégor, cette province bretonne, que tous les poèmes évoquent, de la baie de Morlaix aux Sept Iles en passant par Perros-Guirec et la côte de granit rose.
Amoureux de cette région où j’ai maintes fois planté ma tente, je retrouve avec plaisir des lieux et des éléments figés « dans une nasse étroite de beauté ». Mais cette bal(l)ade est aussi l’occasion d’évoquer les poètes aimés, bretons comme Armand Robin ou Yvon Le Men, ou même occitans comme Jean Malrieu.
Avec toujours, en arrière-plan, une rumeur de mer : « L’oreille de l’attente / écoute la mer et le vent / qui chapardent les souvenirs / et les malheurs de l’existence / La mer baigne le temps et les croix roses / qui soupirent dans leur éternité. »
Voilà longtemps sans doute que Christian Saint-Paul nourrissait une prédilection pour la Bretagne, le Trégor en particulier, à percevoir l’émotion ascendante des poèmes, à déchiffrer aussi le titre, avec sa charge de fatalité : « Hodie mihi, cras tibi » : »Aujourd’hui mon tour, demain le tien », menace indissociable de la mer, « l’hiératique maîtresse ».
Christian Saint-Paul ne nous convie pas à un déchiffrement exclusif du paysage ; il choisit de nous raconter son dialogue avec la Bretagne . Certes, il multiplie les angles de vue, mais il éveille aussi des identités : »Les jeunes filles de Ploumana’ch », « le saint prophétique », « la mer », « le promeneur », « le jeune phare ».
Nombreux sont les poètes dont l’esprit et l’œuvre marquent ses pas et sa rêverie : René-Guy Cadou, Armand Robin, Charles le Quintrec, Georges Perros, Yvon le Men. Dans tel poème, qui est une véritable ode à la cité de Morlaix, il dessine le profil d’Armand Robin, l’une obéissant aux vents du large et le second cédant aux « voix lointaines ».
Le poème tire sa sève de la fusion de la beauté immédiate :
« quelques fleurs jaunes
incendient les hautes rives »
et de la prégnance des légendes :
« l’âme des islandais
qui revenaient de leur mer de chimères
errant dans leurs rêves ».
Le mystère ouvre une brèche entre la rugosité et l’Eden :
« les noms des morts bien-aimés naviguent
implorant des bouches pour le souvenir
dans l’épine dorsale de l’immensité du temps ».
Au terme de strophes calquées sur le rythme de la houle, Christian Saint-Paul parvient au cœur de sa vision, qu’il nous montre « les sept îles /qu’elle(la mer) avait enfantées si près » ou qu’il nous laisse face au « pressentiment/ des châtiments de la vaste mer ».

