J’ai rencontré Éric Maneval à Cognac, où son deuxième roman, « Retour à la nuit », avait été sélectionné, comme le mien, pour le prix Intramuros. Nous sommes allés ensemble en centrale, à l’ïle de Ré, et en maison d’arrêt à Saintes, pour rencontrer des détenus qui avaient apprécié nos romans. J’ai bien aimé son dialogue avec eux et nos discussions dans la voiture, au retour, et j’avais envie de lire son polar.

- Eric Maneval
- (photo Gérard Manuel)
Comme son personnage principal, Antoine, Éric Maneval est veilleur de nuit dans un foyer social et côtoie donc en permanence des jeunes en difficulté. Il connait leurs travers et leurs fragilités. Ses dialogues sont évidemment justes et donnent de la force à ce bouquin rapide (120 pages), au style incisif, qui se moque assez des canons du genre. Son serial killer, « le découpeur », n’est d’ailleurs pas vraiment orthodoxe puisqu’il a sauvé la vie du héros lorsqu’il était gamin ! Quant à la fin, elle reste ouverte (trop à mon goût).
Mais entre la chute d’un enfant dans une rivière en crue (geste qui reste à interpréter) du côté de Limoges et, 25 ans plus tard, l’incarcération de l’adulte qu’il est devenu sous l’inculpation fallacieuse d’assassinat, on ne lâche guère prise. Comme Antoine, on se pose des questions sur l’identité des uns et des autres et les tours que peut jouer la mémoire : ainsi le doute s’installe-t-il et Antoine ne sait plus s’il a été agressé ou sauvé… C’est rapide, sans fioritures ni concessions aux modes qui rendent certains polars insipides et ressemblants. Pour une deuxième publication, je trouve à ce « roman d’angoisse » réussi un ton original.
