
- François de Cornière (à droite) en discussion avec Georges Cathalo.
Après avoir beaucoup publié dans les années 75/95, François de Cornière, très absorbé par l’animation normande des « Rencontres pour Lire », s’est écarté de l’écriture et de la publication, au point que ses anciens livres sont devenus introuvables. Excellente initiative donc que celle des éditions du Castor Astral que de rassembler en un épais recueil 134 poèmes, connus pour la plupart, auquel sont joints des inédits datant des années 2000. Cette compilation couvrant près de 30 ans donne un juste aperçu du talent de ce poète majeur qui, dans le sillage de Georges-L. Godeau, a innové dans le domaine poétique grâce à un style et une écriture très reconnaissables. Par la suite, tout un mouvement nommé « poésie du quotidien » a pris le relais mais il aurait dû s’appeler plutôt « poésie du vécu » afin d’éviter peut-être les facilités des épigones aux auto-fictions affligeantes.
Effleurement et retenue
Avec de Cornière, rien de tout cela : chaque mot est pesé. Chaque évocation se donne à lire comme le reflet le plus fidèle d’une sensation ou d’une observation. Il en découle une fluidité d’écriture où les images s’enchaînent et se recouvrent. On retrouve là ce qui est la « marque de fabrique » de cette poésie : une écriture toute en légèreté avec une touche de mélancolie. Alors oui : vivons Ces moments-là non pas dans la banalité du quotidien mais comme des moments magiques accordés par le destin car ils recèlent des trésors d’humanité. « La terrible et merveilleuse insuffisance des mots » ne décourage pas le poète qui affronte stoïquement les épreuves d’une existence dont il sait dénicher les petits riens qui lui permettent d’avancer car il sait plus que tout autre « que c’est difficile avec les mots / de faire la traversée / sans perdre quelque chose ».
Le maître d’œuvre de ce choix a su prélever les poèmes qui reflétaient le mieux l’atmosphère « de Cornière ». Il a redistribué les textes de trois recueils majeurs en prenant soin que le fil rouge du temps qui passe soit bien perçu par le lecteur :
« J’entends surtout le temps / qui range comme des outils / ses messages nocturnes ».
Alors, loin des épanchements lyriques et des déplorations geignardes, lisons et relisons François de Cornière, le poète de l’effleurement et de la retenue.
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