Il a dégagé la pierre d’angle
et deux marches usées
Il peut alors rebâtir la maison
la rendre à son propriétaire
qu’il appelle, installe
et salue
La clé restera dans sa poche
*
Tournez à gauche
après le temple-tour
Laissez la procession
Continuez jusqu’au palais
Contournez la muraille
et traversez le pont pour sortir de la ville
Les moutons s’écartèrent
quelques pierres tombèrent
Je passe à gué
sur le cours des siècles
*
La clameur de l’attente
enflait dans les ruelles
On entendit alors le pas précipité
d’une porteuse d’eau
puis le choc de la cruche
sur la pierre du seuil
Quand on rassemblera tous les morceaux
j’étancherai ma soif
*
Du haut du temple tour
on entend bourdonner la mer
La ville est avertie et vibre
de toutes ses voix
Le pas des dieux s’éloigne
devant la horde des envahisseurs
Ils sont passés
Je vais chercher ma pioche, mon pinceau
et mon carnet de fouille
_
Deux inédits
Les feux de détresse
n’ont jamais brûlé personne
crie un homme à la cantonade
Se fera-t-il entendre
de ceux qui vont et viennent
dans la coulisse ?
*
Elle ne peut battre son plein
elle ne bat jamais le rappel
cette voix qui retient la porte
cette voix qui retarde
l’envolée
et qui tremble
dans le feutre de ses échos
_
Sur une photographie de Monique Pietri (reflets d’arbres dans un lac)
De l’autre côté du monde, nous étions enracinés, sûrs de nous, fiers de notre identité. Nous nous vantions de notre connivence avec le ciel et la terre. Nous étions parfois alignés, souvent solitaires sur des berges, dans des jardins où des promeneurs se flattaient de savoir notre nom, où les amoureux se confiaient à nos écorces, où les enfants convoitaient nos branches.
Nous voici désormais dans un lieu indécis où l’iris s’épanouit sur nos épines, où les poissons se fraient un passage entre nos bosquets. Nous avons disparu de tous les dictionnaires. Nous défions la botanique.
De ce côté-ci, où l’enlumineur et le calligraphe traversent nos saisons, nous sommes des arbres à rêve.
